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Jalouse n°40 - 2001 - Page 76 / 77

JALOUSE n°40 de 2001 / Page 76 / 77

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2018

page 1 du mal-etre des ados aux solutions pour s'en sortir.

De l'institut de beaute a la beaute instituee.

Par penelope rault vous savez que 'soigné'a plusieurs sens.

Ce que vous ne savez pas, c'est qu'à marseille, un éminent spécialiste de la psychiatrie infantile, le professeur marcel rufo, a décidé de faire le lien entre deux d'entre eux : 'soigné' quand on est malade et 'soigné' quand on est bien fringué.

Travaillant sur le thème 'le malade et la vêture', il a rencontré, il y a deux ans, maryline vigouroux, présidente de l'institut mode méditerranée et créatrice du très beau musée de la mode de marseille.

'il n'a jamais voulu que son personnel soit en blouse blanche : tout le monde est en civil avec un badge.

Sa démarche médicale est humaine, évolutive, originale, raconte-t-elle.

J'ai toujours pensé que la mode n'est pas si futile mais qu'elle doit être utile.

' pendant leur entretien, elle lance l'idée de mettre à la disposition des patients, des vêtements dessinés par des créateurs de la région paca.

Etincelle magique, le professeur rufo est partant.

L'aventure commence.

De la veture chez arthur an 1999.

Espace arthur, hôpital de la tmone.

Elle cueille les réactions des principaux concernés: une microsociété d'ados (11-18 ans, séjours de 24 heures à un petit mois).

Parmi 'les menu(e)s, les enveloppé(e)s, les déconnecté(e)s de la réalité', certains adhèrent au projet, d'autres restent indifférents.

'quand on fait du 54 ou du 46, ce n'est pas évident de trouver de beaux vêtements.

En plus de sa souffrance, on est marginalisé à cause d'un style vestimentaire.

' il lui fallait donc trouver de beaux vêtements, originaux, mettables, faciles d'entretien, dans un large éventail de tailles et à la portée des bourses des ados.

Grâce à des soutiens rapidesetfermes (mouna ayoub, caisse d'epargne, grou- pe de restauration elior), douze malles en bois clair (conçues par deux designers) reçoivent deux collections de vêtements paran (six cents pièces), dessinées par des créateurs et des industriels locaux (dont benoît missolin, doctor jekyll, estell misbach, joéll grossi, manon martin, sandre, ou aviatic, captain tortue, honoré, ollygan, poivre blanc.

) et nationaux (agnès b.

Le projet original et inédit faitdesémules: une unité decochin, à paris, devraitouvrlren 2002 une maison des adolescents, sur le même modèle.

76 jalouse luî l'espace arthur ne soigne pas qu par ie vetement.

O soigne à partir du corps entier.

S'il porte ce prénom c'est en hommage à un pédopsychiatre marseillais, premier à définir les pathologies de l'adolescence, de la tentative de suicide aux troubles du comportement alimentaire, en passant par la dépression, la phobie, etc.

Il évoque aussi celui de rimbaud, installé un temps à marseille, en par- tance pour l'autre rive, comme l'adolescent transite entre ses transformations.

Arthur met à disposition de ses patients de quoi incarner le corps etfaire travailler la tête: médiathèque (offerte par hachette), salle de bains (pour immersion dans les huiles essentielles), salle de psycho- motricité (danse, musculation) et différentes activités (art-thérapie, peinture, modelage, djumbé, etc.

), qui permettent de suivre leur évolution.

Zoom sur l'espace mode salle rectangulaire, parquet clair, grand miroir, douze malles ouvertes exposent leurs originales tenues : vareuse rose, ensemble jupe-pull à carreaux rouges surfond noir, baggy en coton, sweets, cols roulés rehaussés de perles, chaussures colorées à plateau.

Les ados peuvent à loisir emprunter les vêtements de leur choix au cours de leur séjour.

Ils les portent, les lavent, les repassent et les remettent sur leurs cintres.

Dans la salle, on délire, on prend courage, on s'échange fringues ou avis, on tente le saut sans y croire, on déguise le médecin chef en tombeuse ou en garçonne, ou l'on part en courant retrouver le 'moi d'avant'.

Certains n'y vont jamais : 'si j'entre dans la vêto- thèque, les vêtements, je les déchire.

' certains ont peur de ne plus se reconnaître, d'autres estiment qu'il est complètement 'illusoire de penser qu'on puisse changer l'intérieur par l'apparence.

L'espace arthur ce n'est pas que la vêtothèque, c'est les infirmiers, le dialogue'.

D'autres enfin pensent ne pas mériter ce soin particulier: 'les vêtements sont trop beaux pour moi.

' toutes les réactions font partie de la thérapie.

'le problème, au départ, c'est de faire naître le désir chez eux, parce qu'ils sont déprimés, recentrés sur eux-mêmes, que rien n'a d'importance, ni leur existence, ni leur apparence.

Nous devons alors les inciter à considérer le vêtement comme 'outil thérapeutique'.

Ensuite, les autres donnent leur avis.

Le regard des pairs est central', souligne michèle battista, responsable de l'unité de soin.

L'interview de la pedopsychiatre rencontre avec michèle battista, pédopsychiatre, responsable de l'unité de soin espace arthur, service du professeur rufo.

Elle turbine à cent à l'heure entre les consult', l'enseignement à la fac, la formation des stagiaires, la ges- tion de l'unité de soin.

Précision du discours, écoute incomparable, énergie joviale et humour décalé la caractérisent.

Au début des entretiens, wonder docteur dédramatise: 'je suis pédopsychiatre, pas psy pour pédés mais pour enfant.

'pedo', en grec, ça veut dire enfant.

' c'est quoi l'adolescence?Ce n'est pas en soi pathologique et c'est incontournable.

C'est le moment où un individu qui était un enfant (qui croyait que ses parents savaient tout et le protégeaient) remet en cause la représentation qu'il a d'eux.

Il se prépare à être adulte.

Avec le postulat qu'on est adulte quand on est indépendant maté- riel le ment et affectivement.

Dans notre société en perte de repères par rapport à l'autorité paternelle : on est ado de plus en plus tôt et de plus en plus tard.

Dans le monde des adultes, on ne sait pas quoi devenir et à qui s'identifier.

Si l'adolescence est un moment où l'on est mal de toute façon, quelle est la particularité de vos patients?Nous soignons les pathologies de l'adolescence.

Les ados fonctionnent en général parétapes: crise, construction par la remise en question, identification à des modèles, etc.

Il est normal qu'ils aient le spleen, qu'ils soient angoissés, déprimés.

Mais quand on est tellement déprimé que l'on ne sait pluscomment anticiper, se construire, on est malade dans la dépression.

Quand on est mal dans son corps, qu'il dérange trop, on peut mettre en place une anorexie, une boulimie et l'on nécessite une aide extérieure.

Comment guérir?La thérapie consiste à redynamiser le processus adolescent par où il s'expri- me, dans la relation aux autres et à partir du corps :11 'je ne me reconnais pas si je ne sais pas qui je suis ; l'autre, le même que moi, le sait, il suffit que je le regarde.

' 21 nous fonctionnons sur la base qu'être beau participe au bien- être (surtout chez les ados).

Chaque individu a une beauté et c'est important qu'il puisse penser qu'il est beau, même s'il n'entre pas dans les archétypes de la beauté actuels.

Nous soignons par le corps tout entier, de la balnéo- thérapie à la construction d'une image de soi par le vêtement.

Pourquoi soigner par le vêtement?Tout d'abord, pour éviter toute confusion : nous n'avons pas vocation à être une 'boutique', le vêtement est un outil dans la thérapie.

C'est un moyen de communication : 'dis-moi comment tu t'habilles, je te dirai à quel groupe tu appartiens.

' le vêtement est une peau qui exprime quelque chose, on parle des tissus de la peau comme du tissu d'un habit.

D'ailleurs, nous avons parfois amené des patients à s'exprimer par le vêtement plutôt que par la t.

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