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Jalouse n°40 - 2001 - Page 82 / 83

JALOUSE n°40 de 2001 / Page 82 / 83

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2018

page 1 un sang d'encre faire piquer en train de me piquer.

Je fais couler la douche.

J'étouffe les bruits comme je peux.

Mon mari n'est pas encore levé.

Les veines se gonflent.

Les avant-bras violacés ressemblent à des queues qui bandent.

Je ne veux pas rater la ponction.

Je plante la seringue.

Je retire l'aiguille.

L'émail devient rouge.

Une toupie hors de son axe.

' ce passage est extrait de noli me tangere (ne me touche pas) il', le quatrième livre de marie l.

Des textes brutaux entre fiction et réalité qui mêlent sexe, amour, sang et mort.

Car aujourd'hui, ce qui sauve cette jeune femme gracile du passage à l'acte, c'est l'écriture : 'cette violence sera toujours en moi, dit-elle.

L'écriture est une alternative à la violence sur mon propre corps.

Ecrire, c'est déplacer l'angoisse car c'est dans les moments d'angoisse que je me c'est par la mise en mots et en images de ses souffrances que marie l.

S'eloigne doucement de son enfer mutilatoire.

Pour se rapprocher de son cote lumineux.

Avait 8 ans, peut-être plus, lorsqu'elle a commencé à se taillader la peau à l'aide de morceaux de verre ou de cutteurs.

Dans son enfance, cette jeune femme d'aujourd'hui 32 ans avait aussi l'habitude de se brûler avec de la cire de bougie ou de se coudre le pourtour du pouce avec du fil noir.

Le détachement avec lequel elle décrit ses premières expériences de scarification est trop serein pour ne pas cacher une véritable colère.

'je mettais de la super-glu entre mes doigts etje les collais, raconte telle calmement, puis je coupais avec un cutteur.

J'ai l'impression que j'étais une petite fille insatis- faite, blasée de tout.

C'était pour déplacer l'angoisse de l'ennui et de la solitude.

' plus tard, il y eut l'anorexie mais, surtout, la boulimie avec vomissements, ce qui est aussi une forme d'automutilation.

Puis, les expériences sexuelles 'un peu cliniques', précise marie pour éviter de dire 'sadomasochistes'.

'des expé- riences de douleur qui ne m'ont pas satisfaite.

Peu à peu, j'ai réalisé que ce que j'avais envie de me faire, je pouvais me le faire toute seule.

' alors, marie est devenue accro à la prise de sang.

'dans les pires moments, c'était monté à sept ou huit prises de sang parjour.

C'était très ritualisé.

Je pré- parais plusieurs aiguilles, deux seringues, un garrot, un récipient pour recueillir le sang.

Le plus fort moment pour moi, ce n'était pas le moment où je me piquais mais le moment où je retirais l'aiguille que je gardais le garrot et que le sang s'échappait sur le blanc de l'émail dans la salle de bains: quelque part, j'étais en vie!' comme beaucoup de victimes de ces formes d'automutilations, marie agissait toujours en cachette et souvent de nuit.

Autoportraits glaÇants 'novembre 98.

Il est 6 heures, peut-être même déjà 7 heures.

Je cours à la salle de bains.

Deux minutes pour sortir le matériel et ne pas me 82 jalouse mutile et que je fais des conneries.

J'écris de façon hémorragique.

Les mots, c'est mon sang.

Marquer le corps et marquer la page, c'est la même chose.

' avant d'arriver à cette forme de contrôle de soi, marie a commis l'insoutenable.

Un an avant l'écriture de noli me tangere, elle s'est prise en photos lors de crises extrême- ment violentes.

Des autoportraits glaçants, intolérables, mortifères, exécutés au polaroid et regroupés dans un album blanc au titre évocateur : bloody marie«'.

Elle commente : 'là où c'est devenu grave, c'est que je me suis attaquée le visage.

Jusqu'alors, c'était le corps, les seins, le ventre, les bras mais pas le visage.

De véritables snuff photos.

' le fait d'avoir pris ces photos, ça a mis une distance.

Cela m'a permis d'isoler ma douleur et ma souffrance.

Il y a cet autre personnage qui n'est plus en moi, puisqu'il est sur les photos.

' aujourd'hui, elle n'arrive même plus à les regarder.

'j'ai l'impression que ces deux bouquins sont un tournant dans ma vie, comme une conclusion à un passé douloureux et je voudrais aller vers autre chose, vers mon côté lumineux et pas mon côté sombre.

' marie exposera ses autoportraits dans une galerie pari- sienne au mois d'avril 111.

Ames sensibles, s'abstenir.

(1) noli me tangere, ed.

Disponible à la musardine.

(3) exposition galerie rachlin/lemarié: 23, rue renard, paris 41.

Jusqu'au 28 avril 2001.

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