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Jalouse n°40 - 2001 - Page 92 / 93

JALOUSE n°40 de 2001 / Page 92 / 93

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2018

page 1 voyage autour du corps de la braguette specialiste des questions du zizi et de ses pannes, le docteur michel shouman* est l'un des rares chirurgiens andrologues a pratiquer la chirurgie transsexuelle en france.

Interview d' un grand 'maitre queue'.

Par charlotte mirawphotoshervesaint-helier vous êtes un maestro du scalpel.

On dit aussi que vous êtes un virtuose de la baguette?J'ai été pianiste et chef d'orchestre.

Il m'arrive de diriger, com- me récemment l'orchestre de moscou.

En ce moment, j'ai un quatuor constitué et je prépare le 11 quatuor de schumann.

Vous êtes avant tout un virtuose de la braguette?Je suis chirurgien, urologue, andrologue, sexologueet maïtreen biologie.

L'andrologie, versant masculin de la gynécologie, gère les problèmes de l'homme qui bande moins, du trentenaire infertile ou de l'ado qui fait un cancer du testicule.

Je suis aussi spécialisé dans la chirurgie de l'intime : agrandissement de ver- ge, chirurgie des bourses, modification des organes génitaux pour les transsexuels, surtout de l'homme vers la femme.

Andrologue spécialiste en musique de chambre.

Sans mauvais jeu de mot, le sexe, c'est votre partie?Petit, je voulais savoirce que nounourset barbie avaient dans le ventre.

Plus tard, j'ai compris que je voulais savoir ce que les gens ont dans la tête.

Je suis logiquement passé du ventre au bas-ventre et du bas-ventre à la tête.

Un andrologue ne manipule pas des sexes, il manipule des personnes, avec un passé, un présent, et les aide à construire un avenir.

Le changement de sexe induit des bouleversements pro- fonds de la personne : comment gérez-vous le passage?Je travaille avec une équipe de psychologues, psycho- sexologues et psychiatres spécialisés dans les questions d'identité sexuelle et de transsexualisme, un chirurgien plastique et un avocat pour les questions d'état civil.

On est en train de créer un groupe de réflexion sur les transsexuels.

J'invite des philosophes à s'exprimer lors de congrès - notamment ceux de l'école spinoziste-, qui posent les questions fondamentales du bonheur et de l'éthique.

Combien de patients ont changé de sexe entre vos mains?Ma première opération date d'il y a environ quinze ans et je fais trois à quatre transformations par an.

La demande est assez forte.

Quels types d'hommes sont en demande?Des papas, des hommes mariés ou des célibataires.

J'ai le cas d'un grand-père, veuf, qui a le sentiment d'avoir rempli son contrat et qui souhaite vivre sa vraie vie.

Quelle procédure doit suivre un homme pour devenir une femme?C'est un marathon.

Outre les démarches administratives, il y a deux années d'ex- pertise psychiatrique, absolument nécessaires.

Parfois, le psy arrive à démontrer que le patient souffre de travestisme et non pas de transsexualisme.

Avoir envie d'être une femme ou vouloir se déguiser en femme, ce n'est pas pareil.

Quels sont les problèmes que pose un changement d'identité?Beaucoup de freins administratifs.

Si la sécurité sociale accepte l'intervention, les procédures de changement d'état civil sont simplifiées, puisqu'une grande administration admet l'identité féminine du patient.

Malheureusement, la juris- prudence est mouvante: une caisse peut accepter un dossier et une autre, non.

On fait appel mais le parcours du combattant n'aboutit pas toujours.

Et l'éthique?Limage du médecin a changé.

Aujourd'hui, s'il n'y a pas mutilation (la loi d'indis- c ponibilité des personnes dit qu'on n'a pas le droit de mutiler si ce n'est pas pour des raisons médicales), le médecin peut opérer en vue, non pas de soigner une maladie, mais de satisfaire un désir profond de transformation du corps.

Chirurgicalement, comment ça se passe?L'acte urologique consiste à enlever la verge et les testicules, puis à refaire un vagin et une vulve.

Pour reconstituer un vagin, on prend une partie de la peau des bourses et de la verge - après avoir enlevé tout ce qu'il y a à l'intérieur, les corps caverneux et le corps spongieux -, que l'on retourne comme un doigt de gant à l'intérieur d'un trou que l'on a creusé entre la vessie et le scrotum.

C'est ressemblant?Il faut aimer et connaître les femmes pour faire quelque chose proche de l'original.

Il arrive que le plasticien intervienne pour peaufiner la vulve ou sur ce que j'appelle la 'déco post-opératoire'.

Souvent, il faut remodeler les seins, le larynx, les genoux, réimplanter les oreilles, refaire les yeux.

C'est de la sculpture.

Et la sensibilité du sexe?Tout reste innervé.

On sait à quel endroit se trouvent les pédicules et l'on respecte les nerfs lors de la dissection.

La peau de la verge reste innervée mais elle n'est pas très sensible, d'où l'intérêt de refaire un clitoris avec un morceau de gland (beaucoup plus sensible, ndlr), que l'on garde avec son pédicule vasculo-nerveux (artères, veines et nerfs).

C'est plus intéressant pour la sexualité.

Evidemment, on le resculpte avant de le fixer au pubis, sinon, ce serait monstrueux.

Un homme est-il anatomiquement destiné à recevoir un vagin?Il faut creuser un espace qui n'existe pas et la grosseur de la prostate limite la profondeur du trou (la longueur du vagin).

Autre frein : la grosseur de la verge.

Moins il y a de peau, moins le vagin sera grand.

Les futurs transsexuels pren- nent souvent un traitement hormonal qui ratatine la peau du sexe.

On manque alors de matière.

Quelques chirurgiens utilisent un morceau du gros intestin mais le résultat n'est pas extra : c'est large, ça suinte et ça ne sent pas bon.

Et le coït, alors?Un petit vagin sous-entend soit petit partenaire, soit d'autres voies.

La sensibilité du vagin n'étant pas très poussée, beaucoup conservent la pratique du cuit anal.

A part ça, il faut lubrifier souvent.

Pourquoi alors, ce besoin de changer de sexe?Il y a un trouble identitaire.

Le mec pense qu'il y a une erreur, qu'il est une femme dans la peau d'un homme et qu'il faut réparer, même si les formules chromosomiques ou le bilan hormonal sont masculins.

Les transsexuels ont un besoin profond de changer d'image, ils souffrent de ce qu'on appelle un 'conflit intrapsychique', une discordance, une dys- harmonie.

C'est ce qu'il y a de plus douloureux et meurtrier pour l'individu.

Moi, j'essaie de faire disparaitre ces conflits.

Le médecin remplace le psychiatre?Il y a des choses que la psy ne peut plus faire.

Comme pour les patients que les psy nous envoient etqui nous demandent de leur grossir la verge.

Ils ont souvent tout essayé : les gouttes, le canapé, l'hypnose, la relaxation.

Lis me disent: 'fais-lui une grosse bite et qu'on n'en parle plus!' vous êtes la muse de deux artistes : hervé saint-hélier photographie vos opérations, philippe pascua les peint.

Les photos opératoires d'hervé saint-hélier ont servi à illustrer des congrès.

Puis elles ont connu un second succès lors d'expositions.

C'est bien que des artistes soient sensibles à ce sujet, on en a marre des émissions: 'alors madame, vous êtes transsexuelle, votre ancienne épouse est là, ça vous pose des problèmes dans votre travail.

' le social est nécessaire mais poser un regard d'artiste, ça poétise un peu le métier.

Clinique ou hôpital?Si le dossier est accepté, la sécurité sociale envoie les patients à l'hôpital, qui agit gratuitement, dans des conditions différentes.

Michel shouman opère à la clinique sainte-isabelle (92200 neuilly).

Une opération coûte entre 70 et 80 000 f.

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