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L'OFFICIEL DE LA MODE n°125 de 1932 / Page 18 / 19

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2017

L'officiel de la couture» Paris de la couture.

Quelques idées de cette époque troublée, où les mots de « crise » en france, de « dépression » en amérique, sont si souvent prononcés, il nous semble que des temps nouveaux vont naître.

Qu'une revision des erreurs passées, que des formules nouvelles, des « idées » assu- reront le succès de ceux qui en auront eu le courage et l'originalité.

Voici quelques idées émises par l'un de nos importants commis- sionnaires parisiens, revenu de new-york.

Tout d'abord, nous a-t-il dit, proclamez que l'amérique recon- naît avoir besoin de la couture française.

Que les acheteurs améri- cains continueront à venir en france.

Ils viendraient plus nombreux ; ils resteraient plus longtemps, ils viendraient plus souvent si les maisons de couture connaissaient mieux la situation et ne semblaient s'efforcer à vouloir servir de studios gratuits.

La plupart des couturiers français ne connaissent aucunement leur clientèle américaine.

Ils parlent de vendre aux maisons de détail ou, de préférence, à des couturières ou encore à des confectionneurs américains, sans en rien connaître.

Ni l'usage que font les maisons de détail de leurs modèles, ni combien il y a peu de couturières aux etats-unis, ni l'importance des maisons de confection qui font les trois quarts de leur chiffre d'exportation et qui appartiennent à des catégories si diverses.

Bien mieux, ils considèrent comme leurs meilleurs clients, en raison de leurs achats importants, ceux dont le commerce leur cause le plus grand tort.

Clients dont le commerce consiste à acheter des modèles pour les louer ensuite à l'heure ou à la journée.

Les maisons de louage : « model houses » viennent quatre à huit fois par an.

Il y a quelques saisons, une pétition signée de quatre- vingt-sept maisons américaines venant régulièrement à pans, demandait aux couturiers de leur refuser l'entrée de leur salon.

Cette pétition disait exactement que les modèles étaient loués au taux de trois modèles pour cent dollars ou la collection complète pour trois cents dollars.

En plus d'un service de croquis, d'autres modèles que ceux importés.

Rien n'a fait, les couturiers ont continué à vendre aux maisons qui louent des modèles.

Lors de mon dernier voyage à new-york en octobre, de nombreux acheteurs m'ont dit, ou : « je ne veux pas aller à pans, ou d'autres : je n'achèterai que quinze modèles à pans et je louerai les autres ici, et la majorité : nous allons tâcher d'acheter le moins possible aux ouvertures, car les modèles sont loués à tous et reproduits par des maisons qui font des robes trop bon marché.

» on fait en série aux etats-unis des robes depuis dollars 2.

25) en soie ; celles en coton sont meilleur marché.

Tous les clients m'ont dit : « demandez donc aux couturiers de ne pas recevoir les maisons louant les modèles.

» a cela, certains couturiers répondent : « ce sont nos meilleurs clients, ou : si je leur refusais, ils auraient quand même les modèles par des tiers.

» mauvais raisonnement.

Evidemment, les maisons qui louent des modèles sont de gros clients et elles achèteraient encore davantage, vingt ou quarante modèles par collection, si elles pouvaient les louer à toute l'amérique, faisant ainsi des affaires merveilleuses, en ce qui les concerne.

Par contre, aucun autre client américain n'aurait à venir, et le maxi- mum de vente serait une unité de chaque robe pour les couturiers.

Le raisonnement consistant à dire que les maisons de modèles auront les créations quand même si nous ne les recevions pas, ne tient pas non plus.

J'admets en effet, que ces maisons pourront quand même se procurer les modèles, mais s'il en est ainsi, le couturier n'a rien à perdre.

Il aura quand même la vente de cette unité.

D'autre part, si la maison de louage ne peut acheter elle-même, le choix ne sera pas aussi judicieux et le dommage moindre, et l'ordre ne sera pas placé le premier jour de l'ouverture.

La maison de modèles, d'autre part, ne pourra s'en prévaloir et communiquer à paris comme achetée par elle, la liste des modèles aux clients sur place.

Elle ne pourra publier qu'elle travaille en collaboration avec le couturier parisien et que, de ce fait, elle a la dernière mode pan- sienne, comme l'une d'elles l'a fait en octobre dernier.

Un fort acheteur américain, actuellement à paris, à qui j'en parlais, me disait : « quand il n'y aurait que l'effet moral!Croyez-moi, il est exaspérant de voir à côté de soi, aux ouvertures, une maison de q d modèles, et de penser que la robe que je vais acheter sera louée au sixième du prix, à tous mes concurrents de new-york restés chez eux.

Comment voulez-vous, dans ces conditions, que j'aie envie d'acheter?» actuellement, nombreuses sont les maisons américaines qui viennent aux ouvertures, mais n'est-il pas excessif de constater u'un acheteur dépense souvent plus pour la traversée et en frais e séjour, qu'en achats de couture.

Il reste de cinq à huit jours et combien d'acheteurs visitent quinze ou vingt maisons de couture, et n'achètent que cinq modèles en tout (un pour cinq maisons).

Certains n'en achètent que trois.

Cependant, ils partent tous amplement pourvus des idées nécessaires pour faire leur saison.

Ne pourrait-on mettre un peu d'ordre à tout cela?Tout d'abord, s'entendre à l'avance quant aux dates d'ouvertures.

Telle maison connue fait toujours voir le 5, depuis de longues sai- sons ; telle autre maison ne pourrait-elle choisir le 2, une autre le 3, etc.

La presse, le faire savoir et les clients en être prévenus à l'avance?Actuellement, ils ne le savent même pas lors de leur arrivée à pans, les dates n'étant pas fixées, et chaque couturier cherche à évincer le concurrent en surenchérissant sur la date d'ouverture.

Parfois, deux jours creux, puis quatre ouvertures importantes le même jour.

S'il n'y avait que deux ouvertures de maisons importantes le même jour, les américains resteraient peut-être douze jours à paris au lieu de six à huit, à leur profit et au grand profit, non seulement de la couture, mais d'autres industries françaises, fût-ce l'industrie des hôtels, restaurants de luxe, etc.

Les couturiers se plaignent que leurs salons soient envahis, et qu'aux acheteurs se mêlent des dessinatrices, des maisons de copie, que sais-je, et ceci malgré toutes les cartes.

Un acheteur américain qui se plaignait lui-même de l'encombre- ment des salons et de ne pouvoir bien voir le défilé, disait un jour devant moi à un couturier : « pourquoi ne faites-vous pas signer un registre à l'entrée tout comme à la réception du ritz, du georges-v ou, d'ailleurs, de tous les hôtels soucieux de savoir qui ils reçoivent?Registre qui comporterait le nom du visiteur.

Le nom et l'adresse de sa maison.

Le nom de l'hôtel où il est descendu à paris.

Le nom de son représentant ou commissionnaire, et surtout sa signature.

» et cet américain ajoutait : «si vous expliquez à mes concitoyens, à l'avance, que vous prenez une telle mesure dans leur intérêt autant que dans le vôtre, ils seront tous enchantés de signer.

Vous saurez, au moins, qui vous avez chez vous.

» cet acheteur américain, très parisien, disait aussi : « vous vous plaignez de recevoir trop de journalistes, trop de stylistes, et cepen- dant, il faut qu'ils soient renseignés de suite.

La presse elle-même ne se plaint-elle pas d'avoir à voir trois ou quatre collections le même jour?Vous dites parfois avec raison que vos idées sont méconnues et que l'on vous attribue des silhouettes fantaisistes inspirées de louis xvi ou du directoire, alors que vous n'y avez jamais songé.

« que ne faites-vous comme certains d'entre vous, et pourquoi ne publiez-vous pas une notice donnant vos idées, la description de votre nouvelle silhouette, en français et en anglais, pour la presse et les stylistes?« vous, créateurs, savez mieux que personne ce que vous avez voulu réaliser et vous ayez intérêt à éviter des compte rendus erronés et des visites suspectes.

«actuellement, les ouvertures ont lieu fin janvier et fin juillet, plus les demi-saisons d'avril et d'octobre.

« fin janvier, début août, sont les dates de changement officiel de la mode.

Est-il indispensable de créer des collections si impor- tantes et si coûteuses?Au heu de 250 à 400 modèles, ne pourrait-on réduire de 60 à 100 modèles?«que vous montriez 100 modèles ou 400, le choix des acheteurs se portera toujours sur certaines robes plus nouvelles, plus heu- reuses.

Les acheteurs américains sont les premiers à se plaindre de ce que, venant tous au même moment, voyant tous les mêmes modèles, leur choix se porte le plus souvent sur les mêmes créations que leur succès tuera par la reproduction en grande série, à bas prix.

«je ne vois qu'un remède, c'est que, si les collections (4 par an), mais spécialement celles de janvier et d'août, sont limitées à 100 mo- dèles, que d'autre part, toute l'année il sorte des robes nouvelles, fût-ce une ou deux par semaine.

« que tous les acheteurs le sachent et que la presse le publie.

« ii y a 52 semaines dans l'année.

Les acheteurs intéressants ne « 16 l'officiel de la couture » - paris ui¥e croix b1e1v merite!?C'est avec une satisfaction toute personnelle que nous avons appris la distinction dont vient d'être l'objet, dans l'ordre de la légion d'honneur, m.

Jacobsen, directeur des auto- mobiles hotchkiss.

Il n'est guère, dans les milieux de l'industrie automobile, de personnalité plus sympathique et plus attrayante que celle de cet animateur.

Vingt-cinq années de pratique professionnelle expliquent cette consécration qui témoigne une fois de plus du vigilant intérêt que le gouvernement porte à cette richesse nationale qu'est l'automobile.

Retracer les mérites et les efforts de m.

Jacobsen, conduit tout naturellement à l'éloge de la grande firme avec laquelle il s'est identifié.

La montée continue d'hotchkiss, sa perfection mécanique et son étonnant abaissement de prix de vente, demeurera l'un des facteurs les plus caractéristiques du développement automobile de ces dernières années.

Aisworth, admi- nistrateur délégué de la grande marque, y est pour beaucoup.

Ils ont compnstous deux qu'il fallait aller au-devant des besoins du marché ; c'est la raison pour laquelle la crise, aujourd'hui si lourde, n'a pas atteint les usines de saint-denis.

Ais- worth et jacobsen, un anglais et un hollandais, qui méritent pourtant l'appellation de véritables français, nous dirons même mieux, ils ont place dans la réserve des belles énergies et des valeurs nationales.

La france l'a compris et leur a témoigné sa reconnaissance.

Jacobsen sont pas limités à un nombre de robes fixe.

On considère comme un bon client celui qui, en janvier, achète six modèles par maison, autant en août, plus quatre en avril, quatre en octobre, aux demi- saisons, soit vingt robes dans l'année.

« si ce même acheteur n'achetait que deux robes en janvier, deux en août, une en avril et une en octobre, soit six au lieu de vingt (j'exagère à dessein), comme ceci représente quatre semaines d'ou- vertures, il aurait encore quarante-huit semaines pour acheter.

S'il n'achète qu'une semaine sur deux, c'est-à-dire vingt-quatre semaines, il aura acheté trente robes au lieu de vingt.

» on m'a répondu : « on ne peut créer de la nouveauté tout le temps, vous demandez trop.

» est-ce exact?Je ne le crois pas, d'autant que robes nouvelles ne signifie pas changement radical, mais détails nouveaux.

, suffisant pour que l'acheteur soit intéressé.

On m'a dit aussi : «les américains ne seront pas là toute l'année.

S'ils savent que toute l'année, la couture crée, les vrais acheteurs s'organiseront.

Ils auront à paris quelqu'un de leur maison, à défaut, leur commissionnaire, et ils achèteront toute l'année.

» vous saurez ainsi, sans que vos salons soient envahis, qui vous recevez, et si une acheteuse à demeure vient longtemps voir les robes nouvelles sans acheter, vous l'éliminerez.

En somme, actuellement, pour la parisienne, ne faites-vous pas tout le temps quelques robes?Quant au prix des modèles, si les acheteurs se rendaient mieux compte des frais de création, que le tissu ne représente que très peu dans le prix de revient d'une robe, ils discuteraient moins.

J ils discuteraient surtout moins si un modèle acheté cher par eux n'avait pas une vie aussi brève (louage des modèles à new-york, copie bon marché aux etats-unis).

D autre part, si les créateurs étaient assurés de toucher des droits de reproduction et si une robe à succès leur rapportait au moins 100.

000 francs, il leur serait, je crois, parfaitement agréable, de vendre le modèle 2.

500 francs au lieu de 6.

Je ne vois aucune impossibilité à la réalisation d'un tel projet, à condition que le public américain s'associe à la réussite d'une telle idée.

A la condition aussi que les clients américains y collaborent et consentent.

A la condition enfin que, non pas une, mais les princi- pales maisons de couture françaises adoptent l'idée.

Pour avoir avec soi le public américain, qui, plus que tout autre, comprend la marque et l'exige, il faudrait que les couturiers ex- pliquent par la voie de la presse que si de nombreux couturiers américains reproduisent de façon artistique les modèles parisiens, d'autres vendent sous le nom de maisons de couture de paris, ou inspirées par paris, des modèles qui sont des horreurs.

Que, par conséquent, le public a intérêt à exiger, en achetant, qu'une griffe portant : « reproduction autorisée d'un modèle de (nom de la maison), ou mieux : reproduction de tel modèle (nom) de telle maison.

«seule étant valable la griffe ainsi faite.

Le dessin de la griffe serait publié par la presse.

Les griffes, numérotées, seraient vendues aux maisons américaines qui prouveraient l'achat par elles du modèle.

Justification faite par la production de la facture consulaire portant la date de la facture du créateur, le nom du commissionnaire, tout ceci permettant la vérification.

La maison de confections américaine pourrait présenter le modèle pour lequel la griffe est demandée au représentant à new-york de la maison de couture.

Les confectionneurs américains y consentiront.

Ceux qui achètent le modèle, car ils y trouveront une protection contre les concurrents qui, n'ayant pas acheté le modèle, le reproduisent sans frais d'achat.

Il y aurait des griffes en soie pour les robes soie et des griffes en coton.

L'on pourrait vendre vingt-cinq cents américains, soit 6 fr.

25, les griffes pour les reproductions établies jusqu'à dollars 19.

75 et cinquante cents américains, soit 12 fr.

40, les griffes pour les robes vendues au gros au-dessus de ce prix.

Certaines maisons confectionnent jusqu'à 5.

000 reproductions et davantage d'un modèle à succès.

Et vu l'importance de la confec- tion américaine qui est une des plus fortes industries du pays, certaines robes devraient rapporter de 500.

000 francs à un million, si le public américain attache l'importance nécessaire au nom français et refuse d'acheter sans la griffe.

Pour les couturiers français, la création d'un bureau central dans la septième ou la cinquième avenue, le fait d'y détacher des employés de confiance pour surveiller la vente des griffes, ne coû- terait pas cher.

Quant aux frais de poursuites pour contrefaçon éventuelle de griffes, les lois américaines sont très strictes et on pourrait établir une société avec une part de capital américain en vue de cette protection.

Les dommages et intérêts demandés aux contrefacteurs seront tellement élevés, que tous les avocats sérieux demanderont à se charger des poursuites.

Ce n'est peut-être pas maintenant qu'un tel projet pourrait être appliqué.

En période de prospérité, le public y adhérerait plus faci- lement, mais cette période reviendra.

Quoiqu'il advienne et quelles que soient les difficultés de l'heure, la couture française tiendra sa place et les parisiennes du monde entier, c'est-à-dire les femmes que la dernière mode intéresse, continueront à tourner leurs yeux vers paris, centre de l'élégance mondiale.

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