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L'OFFICIEL DE LA MODE n°347-348 de 1951 / Page 86 / 87

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013

V?1 *??Les nouvelles armes de la mode schiaparelli jacques fath.

Opposition d'une jaquette jaune sur une jupe g< sous le ciel de paris, le printemps, c'est une robe nouvelle, et une robe nouvelle, c'est une femme rajeunie, embellie, heureuse.

La mode est aussi cette saison une femme heureuse.

En plongeant notre regard dans ses yeux changeants, nous y lisons un plaisir aimable, une liberté primesautière, une souplesse de muscles joyeuse.

Sans grand bouleversement apparent, telle une jeune fille qui cache un secret amour, on devine cependant toute une évolution encore inavouée : l'épanouissement d'une silhouette moins gainée, moins moulée, adoucie, repoussée du corps.

Comme au bout d'une canne le verrier souffle la pâte irisée, le couturier semble souffler les tissus.

La tendance est à cette ligne pneumatique, si l'on peut dire, qui, dans certaines créations, se marque nettement.

Le naturel est au goût du jour.

Les formes du corps sont épousées sans raideur, avec la volonté marquée au contraire, de leur laisser toute leur harmonieuse construction.

La carrure prend plus de réalité, les manches montées bas, dans un faux kimono, sont d'une coupe savante et donnent au buste une valeur nouvelle.

Elles s'arrêtent souvent au coude et gonflent l'avant-bras dans un style balzacien.

La taille toujours marquée, l'est cependant avec plus de nonchalance.

Les basques de nos tailleurs se décollent et s'allongent alors que le devant, en forme de gilet, se creuse et se hérisse de boutonnages jumeaux ou entrecroisés.

A propos de boutonnages, il y a trois écoles : celle du bouton énorme en pièce unique, celle du boutonnage dégradé, celle enfin de la fermeture dissimulée.

Chaque couturier y trouve une amusante personnalité.

Les jupes, à la fausse ampleur, ont une importance très grande ce printemps-ci.

Elles accrochent l'intérêt, accaparent l'attention.

C'est sur elles que se greffent ces tabliers fameux que la parisienne accueille en servante fidèle de l'élégance.

Découpés en fers de lance, en ogives, en feuilles de cactus, évoquant les tabliers des lavan- dières de daumier, ils sont de toutes les circonstances et de toutes les heures du jour.

Ils se jouent de tout, se feuillettent, se découpent, se dédoublent, se transforment en capes d'abbés de cour sur les épaules des femmes.

Légèrement allongées dans l'ensemble, les jupes se plissent de mille sortes, se volantent, se gaufrent de bouillonnes, se bouillonnent de gaufrés.

Un travail étonnant (dit travail d'atelier) marque la mode 1951.

Une couleur estampille aussi de sa distinction élégante cette saison-ci.

Dans tous les dégradés, mais surtout en foncé, il habille la femme du jour.

Ensuite viennent tous les caramels ambrés, le marine et toujours le noir.

Aux portes du printemps, cariatide légère et dansante, la parisienne salue les acides bourgeons de mars d'une vivante silhouette de fille d'eve.

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