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L'OFFICIEL HOMME 2 n°22 de 2011 / Page 38 / 39

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013

Livre phil spector, 70 ans, est en train de purger une peine de prison incompressible de dix-neuf ans pour le meurtre de lana clarkson.

Actrice de série z has been, la femme de 40 ans avait été retrouvée morte un matin de 2003 dans le manoir de spector, une balle au fond de la gorge.

Depuis longtemps, le producteur était connu en ville pour sa manie des armes à feu, ses conquêtes féminines d'un soir, ses emportements brutaux, et un trait de caractère très particulier : quand il recevait des invités le soir, il ne supportait pas que ceux-ci rentrent chez eux et faisait souvent mine de les enfermer (portes fermées à clé, chiens de garde à la sortie, etc.

« c'était de l'humour », disait-il en finissant par les laisser partir.

Cette peur panique de la solitude, cette paranoïa grandissante au fil des années 80 et 90, ce goût du maniement des flingues, pouvaient un jour mal finir.

Avant ce scénario final à la ellroy, phil spector fut aussi (et surtout) l'un des grands génies de l'histoire de la pop.

Celui qui a fait rêver les beatles, les stones, brian wilson ou bruce springsteen.

Richissime à 18 ans, en 1958, avec son premier hit, to know him is to love him (d'après l'épitaphe gravée sur la tombe de son père), spector fait ses classes à new york de 1959 à 1962 au contact des grands hommes de l'ombre de la soul tels que ahmet ertegun (patron d'atlantic), jerry wexler (producteur principal d'atlantic) ou doc pomus (auteur d'innombrables tubes avec mort shuman).

En 1962, spector créé son label, philles, et c'est l'avalanche de hits pour les crystals, les ronettes, darlene love, les righteous brothers.

De 1962 à 1966, de be my baby à you've lost that lovin' feelin, de da doo ron ron à walking in the rain, spector édifie le « wall of sound », le « mur de son » : une armée de guitares, de pianos, de cuivres, de clochettes et de carillons, des choeurs célestes et des voix sexy, compressés dans un studio étroit et vétuste, tous micros ouverts et en mono.

ésultat, une cathédrale sonique d'un romantisme et d'un souffle inégalés, un mélange inoui de puissance et de délicatesse, un tsunami hormonal, la bande-son éternelle du désir, de la joie et de la mélancolie teenage, la chapelle sixties.

Après de tels sommets, la chute en 1966 est brutale : river deep - mountain high de tina turner, ouvrage pop majeur, est un échec commercial aux etats-unis dont spector ne se remet pas.

C'est la fin de l'éblouissante comète philles.

Spector rebondira pourtant en angleterre en terminant le let it be des beatles, puis en produisant les premiers albums solo de george harrison et surtout de john lennon.

Le beat de instant karma , l'écho de imagine, c'est signé spector.

Après une pige paradoxale pour l'austère leonard cohen (l'étrange et beau death of a ladies' man), phil spector gravera son ultime geste musical notable en 1980 avec l'excellent end of the century des ramones (des ronettes en version punk et masculine).

De visionnaire et de sale gosse, croisement explosif de howard hughes et johnny rotten (avec une pincée de landru), phil spector a marqué l'histoire du rock de son sceau doré à l'or fi n.

Mais « personne n'aurait voulu de ma vie », avoue-t-il à mick brown.

Une carrière éblouissante, une existence atroce passée à souffrir : l'une sans doute le fruit de l'autre selon une logique cruelle, celle de l'éternel pacte faustien de la gloire.

Serge kaganski aujourd'hui, chapelle sixties r mélange « phil spector : le mur de son » de mick brown, trad.

Par nicolas richard, ed.

Coffret « back to mono » de phil spector disponible chez abkco.

Génie pop et meurtrier, producteur éblouissant et maboul sexuel, le paradoxal phil spector, désormais à l'ombre, fait l'objet d'une biographie éclairée par l'anglais mick brown.

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