L'OFFICIEL HOMME 2 n°22 de 2011 / Page 64 / 65
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013
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Arco brambilla est un artiste né à milan, installé à new york et dont le travail est présenté au guggenheim et au new museum de cette ville ainsi qu'au moma de san francisco. Il travaille actuellement à la finition de evolution, suite de civilization et son projet le plus ambitieux à ce jour, qui voit son univers narratif prendre une tournure tridimensionnelle. Conversation à bâtons rompus avec l'un des artistes les plus audacieux de sa génération. « le plus souvent, mon travail est lié à tout ce qui se rapporte à l'idée de dissolution du lien social et comment les substituts à la communication altèrent nos capacités à nous connecter à la réalité. Plus la technologie domine et nos moyens de transmission deviennent sophistiqués et omniprésents, plus l'aspect émotionnel de la communication s'érode. Donc, qu'il s'agisse d'une réalisation sur 'l'ère des machines' comme l'installation vidéo où je montre sur un même plan plusieurs restaurants tournant simultanément à 360 degrés (nda : cyclorama, 1999), ou de la vie à l'intérieur d'un jeu vidéo ou quoi que ce soit se rapportant à internet (nda : ses deux halflife, game engine channel et surveillance channel en 2002, sans oublier 0 health la même année, tous liés au très populaire jeu vidéo counter-strike), tous mes travaux sont fondés sur l'interaction entre les sens, l'intellect et l'âme. Que nous vivons une époque sans précédent de bouleversement culturel et social, rien de ce genre ne s'est jamais produit et il n'y a eu aucun signe avant-coureur. Notre environnement désorganisé à l'extrême peut s'interpréter comme la renaissance, ou au contraire la mort de la culture. Mais j'essaie de conserver leur neutralité à mes travaux, il n'est pas question de se prononcer quant à savoir si c'est bien ou mal. J'espère seulement que mes créations fassent prendre conscience aux gens des différences entre nos intentions premières et le résultat final de nos actions, et comment la technologie a distordu et transformé tout cela. Sync (nda : l'un des sept courts-métrages de la version anglaise du film collectif destricted, 2005) est l'exemple parfait de ce que je cherche à faire comprendre. Il y est question de pornographie, de rendre le porno spectaculaire, d'un point de vue esthétique, mais finalement tellement spectaculaire que ça en devient aliénant. Le film montre ce qu'est finalement m je crois la pornographie : quelque chose qui paradoxalement vous déconnecte de ce que vous désirez. J'ai donc calibré les images et la technique de montage de manière à créer cette sensation de façon très intense. Les moyens que j'ai utilisés pour concevoir sync illustrent son contenu. Chacune de mes réalisations annonce la prochaine. J'ai commencé à sampler des images de films dans sync. Quelques années auparavant, en 2001, j'avais fait une vidéo intitulée wall of death, où j'avais expérimenté dans le montage le concept de répétition avec des boucles, afin de créer un nouveau genre de langage visuel. Cathedral, en 2008, est la première installation vidéo où j'ai utilisé des superpositions, des collages, de l'action live et des groupes entiers de gens. Tout, dans cathedral, est constitué de loops sans fin et tout se superpose pour induire chez le spectateur cette sensation hypnotique de se trouver dans un centre commercial. Ça m'a amené la même année à civilization où j'ai de nouveau utilisé les techniques de looping, de sampling et de collage, en combinant le tout pour réaliser une vidéo qui s'apparente à un tableau. Ne m'intéresse absolument pas, je n'ai aucune envie de 'raconter une histoire', je n'ai rien à voir avec les codes conventionnels du cinéma. Ce qui me branche, c'est un contexte temporel qui précisément, déconstruit l'idée même du film et de la narration. Nous envisageons aujourd'hui le monde d'une manière radicalement différente. Notre conscience collective change constamment. Ce n'est plus le passé qui l'alimente, mais des événements qui se produisent chaque jour, voire à chaque heure du jour. Tout ce qui se fait est immédiatement vampirisé et en soi, c'est un mécanisme passionnant: le temps de résonance d'une oeuvre se raccourcit sans cesse, jusqu'au point où l'acte même de création se voit presque immédiatement englouti dès sa perception. Est-il possible de créer quelque chose de durable ou cela est-il voué à muter comme un virus?Quelque chose qui se recycle à l'infini mais parvient à conserver un contexte et susciter des réactions?J'espère que mon travail montre une émotion sous-jacente née de cette fracture entre âme et conscience, nos aspirations et nos désirs. Maria gallagher (traduction laurence la narration romance) www. Com toutes les photos dr 62. |
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