L'OFFICIEL HOMME 2 n°22 de 2011 / Page 88 / 89
TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013
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1 pour son exposition au casino luxembourg, bruno peinado a perturbé l'espace, joué avec l'architecture et les plans du lieu, troué les murs, créé des espaces incongrus, fabriqué des passages, perturbé la distribution des salles, modifié la circulation. L'artiste occupe tout le centre culturel et une déambulation complexe attend donc le visiteur : un dispositif sans dessus dessous, un parcours désordonné, voici la base émotionnelle sur laquelle l'artiste français né en 1970 cherche à construire sa logique. Dans ce chaos apparent et fécond, il s'agit d'une histoire à organiser. « beaucoup de choses dans mon travail cherche à retourner les choses, à bousculer l'ordre établi. Ce qui m'a intéressé par ce titre casino incos, c'était de jouer sur un principe d'anagramme. On a toujours l'idée que l'anagramme révèle une vérité cachée qui permet de comprendre ce qu'il y avait à l'intérieur du mot. Ce qui m'intéressait, c'était de jouer sur une anagramme qui raconte exactement la même chose que la première chose. Casino en italien veut dire 'désordre' et incaos joue sur cette notion du désordre. C'est une sorte de révélation annulée », confie bruno peinado. L'artiste qui conçut en 2000 the big one world, bibendum noir à poing droit levé (sans doute son oeuvre la plus célèbre) et qui expose ici vanity flightcase, crâne à facettes scintillantes qui tourne sur luimême comme une boule disco, ou bien encore son smiley rieur, endless summer, sombre mais éclairé par sa face derrière, est donc bien plus complexe qu'il n'y parait. « mon travail joue beaucoup avec cette idée de casser les mythes et d'aller au-delà de la fascination, d'aller voir un peu plus loin », ajoute-t-il. Ses références diverses et éclatées (néons à l'écriture inversée, grosse pomme rouge sang qui dégouline façon pop art ou panneau publicitaire, pans de couleurs lisses qui s'entrecroisent très art minimal) servent son propos baroque. L'artiste aime le hiatus, les ponts aussi bien que les ruptures, car peinado est maître dans l'art du recyclage ou créolisation des cultures. Ce qui aboutit aussi à une oeuvre globalement plus difficile à cerner il n'y a peu ou pas de livres sur lui. Arrivé sur la scène artistique dans les années 1990 au même moment que philippe parreno, dominique gonzales-foerster et pierre huyghe, il se démarque nettement de ce paysage à l'esthétique très organisée. Il préfère pour sa part le poète antillais edouard glissant et son idée d'un monde où les cultures s'entremêlent, se métissent, comme dans un chaos nécessaire qui toujours sait se réorganiser. Dans cette idée de réunir ce qui est épars et de fabriquer autre chose, bruno peinado est un iconoclaste joyeux qui mélange aussi bien l'image que l'écriture, la sémantique que la matière. « je suis un bâtard, un martiniquais du périgord, un mélange d'antilles et d'afrique du nord, des caraïbes et d'espagne : je n'ai pas d'origine contrôlée » disait-il lors de son exposition à paris en 2004 au palais de tokyo. Une citation en forme d'étendard, ultra précieuse par les temps qui courent. Sylvie lambert jusqu'au 9 janvier 2011, casino luxembourg, luxembourg www. Lu 4 86 art art rt r 2 3 5 1, 2, 3, 5 - bruno peinado, casino incaos baroque courtoisie, vue de l'exposition au casino luxembourg forum d'art contemporain © roman mensig, 2010. 6 - bruno peinado, casino incaos baroque courtoisie, vue de l'exposition au casino luxembourg forum d'art contemporain © jessica theis, 2010. |
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