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L'OFFICIEL HOMME 2 n°22 de 2011 / Page 94 / 95

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2013

portrait styliste franÇais, né en colombie, formé à l'école d'anvers, haider ackermann dessine une mode féminine et sensuelle faisant référence à mille voyages.

Cette saison, il s'essaie à l'homme sans rien perdre de sa créativité.

En juin dernier à florence, de grandes tables avaient o été si joliment dressées dans le palazzo corsini, que le visiteur se croyait subitement transporté dans un tableau de caravage.

Dans la pénombre, chacun semblait glisser à pas feutrés, parlait à voix basse.

On était ailleurs, dans un autre monde, une autre époque, avant même d'accéder à la cour intérieure de ce palais, éclairée pour l'occasion par des dizaines de lustres en cascades de cristal.

Créateur reconnu de mode féminine depuis ses débuts en 2002, le français haider ackermann était l'hôte du palazzo dans le cadre d'une carte blanche offerte par le salon professionnel pitti uomo.

La mode masculine, en théorie, ne l'intéressait pas.

Mais en venant à florence, quelques mois plus tôt, il avait accepté de relever le défi en franchissant les portes d'un de ces palazzi abandonnés que la cité toscane compte par dizaines.

Tous plus beaux les uns que les autres.

« très vite, m'est venu à l'esprit l'image d'une femme seule et perdue, d'une princesse vivant entre ces murs chargés d'histoire.

Et un homme à sa suite ».

Il y a toujours du désir chez ackermann.

De la sensualité dans ses jerseys drapés qui coulent sur le corps, libèrent la gorge, esquissent la pointe d'un sein, enserrent la taille, caressent la jambe et dévoilent un pied forcément nu.

Beaucoup même, et peut-être encore plus à voir toutes ces princesses d'un soir qui foulaient le gravier dans des cascades soyeuses comme des peignoirs enfilés à la hâte.

Un homme, non, plutôt une dizaine, étaient d'ailleurs bel et bien à leur suite : chaussés de pantoufles en velours brodées de plumes, habillés de pantalons courts à ceinture nouée sous des vestons taillés dans des tapis indiens rebrodés de sequins, des vestes du soir à col châle dans des soieries rebrodées de fil d'argent ou des lainages minutieusement piqués de pointes d'argent comme du galuchat.

N était ailleurs, dans un conte singulier puisque cette collection capsule de mode homme avait été initialement imaginée sans fin commerciale.

« ces silhouettes masculines étaient une vision, expliquait ackermann au lendemain du show.

J'aime faire partager mes rêves, ne serait-ce que pour un défilé de 10 minutes.

Elles seront produites et vendues dans quelques adresses sélectionnées, mais le lancement d'une ligne à part entière n'est pas à l'ordre du jour.

Ma priorité est de consolider ma mode féminine, de développer et renforcer les liens avec les boutiques qui me font confiance depuis toujours.

» elles seraient une centaine, de par le monde, à être galvanisées par les coupes féminines, le style affirmé et, aussi, le charme naturel de ce jeune homme à l'air sauvage.

La peau mate, des cheveux en bataille, des billes noires derrière de petites lunettes cerclées de métal d'un autre temps, et un sens du verbe donnant l'impression qu'il choisit chacun de ses mots.

Qu'il vous raconte des voyages autour de chaque phrase comme de chaque collection.

De là à esquisser une mode nomade avec des clichés de carte postale, il y a pourtant un pas qu'ackermann ne franchit pas.

Peut-être cela tient-il à son enfance trimballée au rythme des affectations de ses parents entre l'afrique et l'europe.

Ou à son habitude de courir le monde sans appareil photo ni bagage pour rapporter des souvenirs.

« je préfère imprimer les images dans ma tête et qu'elles refassent surface au détour d'une collection », justifie celui dont les héroïnes de podium ont souvent l'allure, l'élégance et l'assurance de femmes qu'il nous semble avoir croisées loin, très loin, sur des terres à forte culture.

Magie ackermann opère depuis ses débuts sur les podiums, en 2002, à l'issue d'études à l'académie royale des beaux-arts d'anvers.

Rapidement, il sera repéré par la maison italienne ruffo spécialisée dans le cuir, qui lui confie la création, pour deux saisons, de sa ligne expérimentale research.

En 2004, il remportera, à lucerne, le premier prix du festival gwand sponsorisé par le swiss textiles.

Rapidement aussi, anne chapelle, la partenaire de la créatrice ann demeulemeester, le prendra sous l'aile de leur société.

Cet accompagnement le retiendra d'aller voir ailleurs et de devoir partager son temps entre sa marque et une autre maison en mal de créativité.

Quelques années plus tard, ce pari sur l'avenir semble déjà avoir porté ses fruits.

Ses collections féminines sont de plus en plus applaudies.

Surtout la dernière, présentée en octobre à paris, avec d'aussi délicates que sublimes références japonisantes qu'il nous a semblé avoir déjà aperçues dans les coursives du palazzo corsini de florence.

« cette carte blanche sur la mode masculine me fait beaucoup réfléchir sur la suite », n'a-t-il pas d'ailleurs glissé, en juin dernier, au détour d'une phrase sur sa première participation à une collection homme?Gianluca orsini la 93.

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