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L'OFFICIEL HOMMES n°25 de 1981 / Page 54 / 55

TEXTE BRUT DE LA PAGE (c) Les Editions Jalou 1921-2014

Nuit d'émeute dans les rues de belfast peu après la mort de bobby sands.

Les soldats anglais mêlés à la guerre civile.

Bilan : 2 700 morts en deux ans.

Manifestation de soutien aux grévistes de la mort tandis que les combats font rage entre catholiques et protestants.

52 pendant environ une semaine.

Le corps perd ses sels minéraux et son eau.

Puis l'amaigrissement se ralentit.

Le gréviste commence à brûler ses propres graisses.

Il a froid, sa température descend au- dessous de 37°.

Il lui est de moinsen moins possible de se réchauffer.

Graisses brûlées son unique couverture ne lui suffit plus, même si comme en ce mois d'août il fait plutôt chaud dans le comté d'ulster.

Longtemps, trop longtemps peut-être, il jouira de la plénitude de ses facultés men- tales.

Il pourra penser, réfléchit, se sou- venir, comme aux plus beaux et aux plus forts moments de sa vie.

Son cerveau» et des études cliniques entreprises surtout aux etats-unis dans les universités de ca- lifornie et géorgie et même, ironie ef- frayante, à glasgow en grande-bretagne, l'ont démontré» Ne participe pas au ré- gime d'économie.

Cet organe brûle en priorité les graisses et les sucres qui lui sont indispensables.

Quand l'organisme épuisé ne lui en fournit plus, il lui substi- tue, parun mécanisme encore mal connu, d'autres substances disponibles.

Voilà pourquoi, s'il boit, le gréviste de la faim garde tous ses esprits.

Par contre, s'il s'arrêtait de boire, la mort arriverait en moins d'une semaine.

L'eau et le sel seuls le retiennent à la vie.

Les familles ont droit de visite, le soutien- nent, l'encouragent même.

On raconte que raymond mccreesh, après cin- quante jours d'abstinence, demanda à son gardien s'il faillirait à son serment en buvant un verre de lait.

Affolé, celui-ci rapporta la demande au gouverneur de maze qui fit appeler sans plus tarder la famille de mccreesh.

Son frère, dans une scène qu'on peut à peine imaginer, ac- courut; alors mccreesh décharné, les os prêts à percer sa peau, gisant sur son lit, s'entendit, à moitié sourd, répéterqu'il ne pouvait renoncer: «tu manquerais à ton devoir, lui expliqua le frère.

Bobby sands t'attend déjà au paradis», raymond mc- creesh n'insista pas, oublia le verre de lait et mourut une semaine plus tard.

Rendez-vous au paradis dans la troisième semaine de jeûne les premières faiblesses musculaires appa- raissent.

Les muscles ont fondu et ont perdu beaucoup de leur tonicité.

Le gré- viste ne peut presque plus se tenir sur ses jambes.

Il gît sur son grabat.

La moindre blessure peut s'infecter, les dents se dé- chaussent.

Un début de surdité apparaît.

Le gréviste voit moins bien.

Lire le fatigue énormément.

Il reste de plus en plus longtemps en état de prostration, même si son cerveau réagit parfaitement.

Des cellules voisines, on l'encourage.

On arrive à lui faire parvenir quelques cigarettes.

La dernière phase débute à la fin de la troisième semaine de jeûne.

Toutes les réserves de l'organisme sont épuisées.

L'autodestruction du corps commence, accompagnée de rêves, de délires de plus en plus fréquents.

Au 21ejour d'abstinence complète, les au- torités de la prison de maze transfèrent le gréviste dans une chambre de l'hôpital.

Tandis qu'il est porté sur un brancard, le jeûneur peut entendre des chants, des cris de victoire, des applaudissements émanant des cellules de ses camarades, dont certains se préparent déjà morale- ment à prendre sa succession.

Le régime carcéral est alors modifié, assoupli.

Le gréviste obtient en partie» ô terrible iro- nie» Ce pourquoi il a décidé de mourir : vêtements civils, visites fréquentes, cour- rier, droit de se réunir librement et de re- fuser de travailler.

En effet, à l'instant où ils pénètrent dans cette chambre, bobby sands et ses amis grévistes peuvent, s'ils en ont encore la force, se rencontrer de 18 heures à 20 heures chaque jour, dans une petite salle de télévision, par groupes de cinq ou six.

Les visites familiales sont autorisées quo- tidiennement pendant au moins une demi-heure.

Une radio reste à demeure dans la chambre et il y a possibilité d'écouter les radios libres locales.

On donne même au malheureux un pyjama civil tandis que les sinistres plateaux de victuailles continuent d'être apportés, échangés, avec la plus grande régularité.

Les infirmières peuvent à la demande du prisonnier lui frictionner, avec des pom- mades, la peau qui se dessèche et finit même par laisser apparaître les os.

Le coiffeur vient périodiquement couper les cheveux, et si le gréviste est trop faible pour se faire la barbe, il a même le droit, une fois par semaine, de la lui raser.

Les prisonniers sont pesés quotidienne- ment.

La médecine moderne sait que le corps brûle maintenant ses propres pro- téines.

En temps normal, 66 grammes de protéines sont nécessaires chaque jour.

Le processus de dégradation des tissus s'accélère.

Les muscles continuent àfon- dre, à s'atrophier.

Le muscle cardiaque, plus résistant, se dégrade.

Le squelette est devenu friable.

Les souffrances s'am- plifient.

Des insuffisances hépatiques ap- paraissent, la peau jaunit, le teint cireux gagne l'ensemble du corps.

Les lèvres se craquèlent, les réflexes diminuent, le ma- lade délire, devient sourd et en partie aveugle.

Une fin inéluctable aux environs du quarantième jour de jeûne, le gréviste n'arrive plus à contrôler ses muscles oculaires à cause du manque de vitamines.

S'il regarde de côté, ses yeux tournentsansfin, d'abord horizonta- lement, ensuite verticalement.

On raconte que francis hughes, le second gréviste, avait tenté d'immobiliser ses yeux avec du coton et des bandages en chatterton.

Ce signe, cette im- puissance à rétablir l'équilibre visuel est atroce.

A chaque instant, le gréviste sait que sa fin est inéluctable, même si dans quelques jours il jouira d'un certain répit.

La médecine, à ce stade de l'épuisement d'un organisme, ne peut plus grand- chose.

Lessenssedétériorenttrèsvite.

Le prisonnier évite de parler car sa propre voix lui résonne douloureusement dans la tête.

Pour se faire comprendre du mou- rant, il faut hurler.

Un gardien a raconté qu'une partie de l'hôpital entendait les voix de la mère de bobby sands et de sa sœur marcella à la fin de la terrible agonie du gréviste.

Dans un dernier appel dramatique, ellesétaient venues l'adjurer d'arrêter sa grève de la faim.

Il refusa et, dans un de ses rares moments de conscience, il menaça de les faire interdire de visite.

Bobby sands, pour se donner du courage, fredonnait, si l'on en croit les récits parus après ses obsèques, des airs révolutionnaires jusqu'au moment où il sombra définiti- vement dans le coma.

Il avait tenu soixante-quatre jours.

Michael devine, 27 ans, l'enfant du ghetto de derry, mort en août dernier, a ré- sisté, lui, soixante jours.

Il avait été arrêté le 20 septembre 1976 pour avoir attaqué une armurerie.

S'il avait accepté l'uni- forme carcéral, le statut de prisonnier de droit commun, il aurait pu faire son temps de peine dans la même prison de maze mais dans le quartier appelé o.

(ordi- (suite page 142).

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